Petits trous ronds sur vos choux : l'altise, comment la reconnaître et l'arrêter

Petits trous ronds sur vos choux : l'altise, comment la reconnaître et l'arrêter

Des feuilles de choux criblées de petits trous ronds, comme percées à l'emporte-pièce ? C'est presque toujours une altise, un minuscule coléoptère sauteur qui s'attaque en priorité aux jeunes plants de crucifères. Avant de traiter, il faut confirmer le diagnostic, comprendre pourquoi elle cible vos choux et à quel moment de son cycle elle est vulnérable. C'est ce qui détermine si un simple paillage suffit ou s'il faut sortir le filet anti-insectes en urgence.

Reconnaître l'altise et ses dégâts sur les choux

L'altise appartient à la sous-famille des Alticinae, au sein des chrysomèles, un groupe de coléoptères. Son nom vient du grec haltikos, qui signifie « qui aime sauter » : c'est justement ce réflexe de fuite en bond qui la trahit dès qu'on approche la main d'une feuille infestée. On la surnomme d'ailleurs « puce de terre » ou « puce des jardins » pour cette raison. Elle mesure entre 1 et 5 mm selon l'espèce, avec une couleur variable allant du noir brillant à reflets bleutés ou dorés jusqu'à des élytres marqués de bandes jaunes. Plusieurs espèces se partagent le terrain des potagers : Phyllotreta nemorum (environ 3 mm) et Phyllotreta atra sont les plus communes sur choux, tandis que Psylliodes chrysocephala, la grosse altise du colza, mesure environ 4 mm et se distingue par une activité plus hivernale.

Cycle de vie de l'altise du chou en schéma illustré
Cycle de vie de l'altise du chou en schéma illustré

Le signe qui ne trompe pas : le criblage des feuilles

La signature de l'altise est visuelle et facile à mémoriser : de petits trous circulaires, de quelques millimètres, disséminés sur toute la surface du limbe, donnant à la feuille un aspect « criblé » ou « poinçonné ». Contrairement aux pucerons qui déforment et enroulent les feuilles, ou aux thrips qui laissent des traces argentées et striées, l'altise perfore net, sans déformer le reste du limbe. Les jeunes semis et les plantules qui viennent d'être repiqués sont les plus exposés : une attaque massive peut détruire le feuillage naissant en quelques jours et compromettre la levée. Sur des plants déjà bien installés, les dégâts restent le plus souvent esthétiques, avec un simple ralentissement de la croissance et une légère baisse de rendement, sans mettre la récolte en péril.

Pourquoi les altises ciblent particulièrement les choux

Les altises se nourrissent presque exclusivement de crucifères (aussi appelées brassicacées) : choux, radis, navets, colza. Ce lien s'explique par les composés volatils propres à cette famille de plantes, qui agissent comme un signal d'attraction pour l'insecte. Une étude menée par Altieri et Gliessman en 1983 a mesuré jusqu'à 5 fois plus d'altises sur du colza (Brassica campestris) que sur des choux frisés plantés juste à côté, ce qui confirme que certaines crucifères sont nettement plus attractives que d'autres, un levier qu'on peut exploiter en culture piège.

Feuilles de chou criblées de trous causés par les altises
Feuilles de chou criblées de trous causés par les altises

Le rôle sous-estimé de l'azote et de la sécheresse

Deux facteurs aggravent nettement la pression d'altises. D'abord un excès d'azote dans le sol, qui pousse les plants à produire un feuillage tendre et gorgé d'eau, beaucoup plus appétant pour l'insecte qu'une feuille plus coriace issue d'une croissance équilibrée. Ensuite, un été chaud et sec, qui correspond exactement aux conditions de développement optimal de la plupart des espèces d'altises (à l'exception notable de la grosse altise du colza, plus active en fin d'hiver). Un sol maintenu frais et une fertilisation raisonnable jouent donc un rôle préventif direct, bien avant toute intervention curative.

Le cycle de vie de l'altise, pour intervenir au bon moment

La plupart des espèces d'altises n'accomplissent qu'une seule génération par an. Elles passent l'hiver en diapause, cachées dans le sol ou sous les débris végétaux et les feuilles mortes, à l'abri du gel. Dès que les températures remontent, généralement à partir de mai (parfois dès avril pour l'altise du radis), les adultes émergent et se dispersent, capables de sauter et de voler sur quelques centaines de mètres, jusqu'à un kilomètre au cours de leur vie. Chaque femelle peut pondre plusieurs centaines d'œufs, déposés au pied des plantes ou directement dans le sol près des racines. L'éclosion survient 10 à 15 jours plus tard, donnant des larves de 6 à 7 mm qui se nourrissent des racines et du collet pendant environ un mois avant de passer par une phase de nymphose. Les jeunes adultes émergent à leur tour fin juin ou début juillet, entament leur propre cycle de recherche de nourriture, puis entrent en diapause à l'automne pour recommencer l'année suivante.

Où pondent-elles et pourquoi la rotation compte

Contrairement à une idée reçue, le danger ne vient pas seulement des adultes visibles sur le feuillage : les larves qui se développent dans le sol au pied des crucifères restent invisibles mais tout aussi problématiques, car elles hivernent sur place et ressortent l'année suivante si l'on replante des choux au même endroit. C'est tout l'intérêt d'une rotation des cultures sur 3 à 4 ans, qui casse ce cycle souterrain en privant les larves de leur plante hôte au moment de l'éclosion.

Prévenir une invasion avant qu'elle ne démarre

Face à l'altise, il n'existe pas de prédateur naturel réellement spécifique et efficace au potager, même si des auxiliaires généralistes comme les mésanges, les rouges-gorges ou les carabes contribuent à limiter les populations en picorant adultes et larves. La prévention reste donc le levier le plus fiable, et elle repose sur des gestes simples, peu coûteux et accessibles à tous les jardiniers.

Rotation, paillage et arrosage : le trio de base

Au-delà de la rotation des cultures déjà évoquée, un paillage organique maintenu autour des plants crée un sol frais et humide, un environnement que les altises désertent naturellement puisqu'elles recherchent la chaleur et la sécheresse pour se développer. Un arrosage régulier va dans le même sens : il limite le stress hydrique des plants (qui les rendrait plus vulnérables) tout en rendant le microclimat au sol défavorable à l'insecte. En fin d'hiver, un travail léger du sol autour des futures parcelles de choux permet aussi d'exposer les altises adultes encore en diapause au gel et à la pluie, réduisant la population qui émergera au printemps.

Plantes pièges et plantes répulsives : deux stratégies différentes

Il faut bien distinguer deux approches. La culture martyre consiste à semer de la moutarde, une crucifère très attractive, à proximité des choux : les altises s'y concentrent en priorité, détournées des plants qu'on souhaite réellement protéger. C'est efficace localement, mais attention, cette technique attire les altises sur la parcelle plutôt que de les repousser, donc à réserver aux jardins où l'on peut isoler cette culture piège. À l'inverse, des plantes réellement répulsives comme la tanaisie, la menthe, les tagètes ou le trèfle blanc, plantées en bordure ou en association, perturbent l'insecte par leur odeur et le poussent à s'éloigner sans l'attirer sur place.

Le paillage, la rotation des cultures et les plantes répulsives n'agissent pas sur l'insecte une fois installé sur les feuilles : ils rendent inhospitalier le trajet que l'altise doit parcourir chaque printemps entre son abri d'hiver dans le sol et le feuillage tendre des choux, ou le détournent ailleurs. C'est ce qui explique pourquoi ces gestes demandent moins d'interventions répétées dans la saison qu'un traitement appliqué après coup.

Solutions curatives : du purin naturel au filet anti-insectes

Quand la prévention n'a pas suffi et que les altises sont déjà présentes, plusieurs solutions naturelles permettent de limiter les dégâts sans recourir immédiatement à la chimie.

Purins et décoctions maison

Le purin d'ortie, de tanaisie ou de tomate, pulvérisé sur le feuillage, perturbe l'insecte par son odeur forte et peut le décourager de s'installer durablement. La décoction de sureau noir agit sur le même principe. Ces préparations demandent une macération de plusieurs jours et une application régulière, en particulier après la pluie qui les dilue rapidement, mais elles restent une option accessible pour un jardinier qui veut éviter tout intrant chimique.

Le filet anti-insectes, la solution la plus fiable

Parmi toutes les méthodes physiques, le filet anti-insectes à maille fine (inférieure à 2 mm) reste la solution la plus efficace, avec un taux de protection estimé à 99 % lorsqu'il est correctement installé. Il doit être posé dès la plantation ou le semis, idéalement avant la sortie d'hibernation des adultes en mai, et ses bords doivent être enterrés ou bien lestés pour empêcher toute altise de se glisser par le sol. Sa limite principale : il ne protège pas contre les larves déjà présentes dans un sol ayant accueilli des crucifères l'année précédente, ce qui renvoie directement à l'importance de la rotation des cultures évoquée plus haut. Le filet et la rotation fonctionnent donc en complément, pas en substitution l'un de l'autre.

Le dernier recours : le traitement insecticide

Si l'attaque est sévère et que les méthodes naturelles n'ont pas suffi à contenir la population, le pyrèthre végétal est l'option la plus couramment utilisée en dernier recours. Il s'applique en deux pulvérisations espacées d'une semaine, de préférence en fin de journée pour épargner les insectes pollinisateurs actifs en journée. Le pyrèthre reste un insecticide, même d'origine végétale : il agit sans distinction sur la faune auxiliaire présente au moment du traitement, d'où l'intérêt de le réserver aux situations où les dégâts menacent réellement la survie des plants, et non comme réflexe systématique face à quelques trous sur le feuillage.